Une nouvelle épidémie a gagné les salles d'attente, les halls de gare et les rames du métro et du RER : le Sudoku.
Ce casse-tête, popularisé au Japon dans les années 80, est en fait une version améliorée du carré latin tel que l'a décrit Leonhard Euler, un mathématicien suisse du 18ème siècle. Porté par son énorme succès rencontré outre manche, le phénomène Sudoku a débarqué en France en Juillet 2005 dans les colonnes du Figaro et de Libération.
Bon, soyons clair, je ne stigmatise en rien cet innocent passe-temps de logique mathématique. Après tout, aussi frivole soit-il, il n’en demeure pas moins un jeu de réflexion dont beaucoup disent que l’originalité réside dans la simplicité de ses règles, et dans la complexité de ses solutions... Non, ce qui me fait éructer de la sorte, ça n'est donc pas tant le concept de ce jeu ni la naïveté enfantine de son principe mais plutôt ce phénomène proche de l'hystérie collective et ces manifestations de frénésie moutonnière qui l'accompagnent. Alors voilà que ce jeu, vieux de plus de deux siècles, est devenu en moins d’un an, LA référence ludique ultime, le Rubik’s Cube du XXIème siècle ! Inutile de résister, les tentatives de poser un regard critique sur les raisons d’un tel engouement seraient par avance vouées à l'échec. Puisqu'on vous dit que le Sudoku c'est génial, il faudra bien vous y mettre un jour ! Belle illustration de l’abrutissement des masses…
Le Sudoku, c'est en quelque sorte le nouvel opium du peuple, le divertissement tendance délivré clef en main : remplir des grilles de chiffres pour ne pas se confronter à la vacuité de sa propre existence, résoudre de petits problèmes de logique pour mieux fuir les soucis de son quotidien. Ne vous inquiètez pas, tout est sous contrôle… Après la pensée unique, voici venu le jeu unique ; car quand on y pense, le Sudoku est l’archétype même du produit issu de la mondialisation : adaptable partout sans aucune traduction ni modification et surtout un coût de fabrication proche du néant (des programmes informatiques peuvent générer les grilles à la demande).
Au-delà de son succès populaire indéniable, le Sudoku est surtout un très gros coup marketing et une véritable pompe à fric : les livres et les magazines s'arrachent, les produits dérivés fleurissent : jeux vidéos pour consoles et téléphones portables, tee-shirts, sacs à dos, mugs, une émission télé a même été lancée au Royaume-Uni sur Sky One et naturellement les tenants du business du Sudoku se frottent les mains.
Alors Sudoku par ci, Sudoku par là ... Mais ras le cul surtout !